Nombre de messages: 17 Localisation: faaar awaaay on the otheeer side Date d'inscription: 21/06/2007
Sujet: Fic : Beaucoup de bruit pour rien Dim 24 Juin - 13:36
Titre : Beaucoup de bruit pour rien Fandom : « Ceux qui vont mourir te saluent », de Fred Vargas Disclaimer : Forte d’une imagination débordante, j’ai emprunté la plupart des personnages à Fred Vargas, et le titre à Shakespeare.
Chapitre un
Un jet d’eau glacée me réveilla. Je ne pus retenir un cri.
- Débout, la belle au bois dormant ! On a pas toute la journée !
Du sarcasme et un humour plus que douteux. Même les yeux fermés, j’étais en mesure de reconnaître la voix grave d’Alexandre, et en effet, le jeune homme se tenait devant mon lit, un sceau dans la main droite, une serviette éponge dans l’autre. Serviette qu’il me jeta d’ailleurs à la figure, ce qui partait prétendument d’un geste d’attention. A quelqu’un d’autre ! Je protestai et enlevai le tissu rugueux afin de le foudroyer du regard. Un coup d’œil sur la pendule murale : quatre heures trente-sept du matin. Ma-gni-fi-que.
- Qu’est-ce qu’il y a ? marmonnai-je. - Tu viens avec moi, déclara-t-il d’un ton autoritaire. - Pardon ?
Je le regardai, interloquée. Seulement, du haut de ses un mètre quatre-vingt cinq à peu près, Alexandre ne semblait pas plaisanter. Derrière ses mèches brunes qui retombaient sur son front, il me fixait l’air terriblement sérieux.
- Aller ! Dépêche-toi ! me pressa-t-il.
Je grommelai. De mauvais gré, je repoussai ma couette, balançai mes jambes hors du lit et frissonnai lorsque mes pieds rencontrèrent la froidure du carrelage. C’était mouillé de surcroît ! Je maudis Alexandre qui était, entre temps, parti et armée de la serviette entrepris un passage éclair dans la salle de bain commune. Pas le temps de se pomponner, le regard que m’avait lancé le jeune homme indiquait clairement « Ne traîne pas ». De toute manière, cela ne m’aurait guère servi. Le dernière fois que mon tuteur, car Alex était en effet mon tuteur au sein de l’Alliance, m’avait tirée du lit aussi tôt, j’avais terminé la journée dans une fosse à purin. Adieu donc, maquillage, jupe et autres futilités que de toute manière, je n’avait jamais aimé, j’attachai mes cheveux bruns en une haute queue de cheval, et me vêtis tout simplement d’un jean’s, d’un tee-shirt, et d’un gilet noir, frilosité oblige.
Sur la pointe des pieds par respect pour les autres étudiants qui dormaient toujours, je revins dans ma chambre attraper une paire de gants, et me rendis au réfectoire où j’engloutis suffisamment de nourriture pour tenir jusqu’à midi, et surtout, pour ne pas tomber en hypoglycémie, les missions étant plutôt éreintantes. En effet, je savais qu’Alexandre m’emmenait en mission. Sauver un livre. Enfin, sauver était un bien grand mot, disons que j’allais plutôt jouer les potiches et l’assister dans ce que lui ferait. Après tout, c’était lui le magicien. Moi, j’étais simplement une étudiante, aspirante magicienne, dans l’Alliance.
Pour ceux qui se demanderaient ce qu’était l’Alliance, la réponse était plutôt simple : c’était une sorte d’école. Un pensionnat où chaque étudiant avait été soigneusement sélectionné par le directeur, Vivien. A ce qu’on m’avait dit, je faisais, comme tous les autres, preuve de qualités exceptionnelles. Je méritais ma place ici, et n’était pas simplement là parce que le directeur s’était pris de pitié pour une orpheline mourrant de faim qui traînait dans les bas quartiers de Paris. Pour ceux qui n’auraient pas compris, la gamine en question, c’était moi. Ainsi, j’étais orpheline et n’avais pas de patronyme. Oh ! cela n’était pas si extraordinaire que ça dans l’Alliance : la plupart d’entre nous n’avait plus de racines. La guerre ébranlait le pays depuis presque treize ans maintenant, et on trouvait des orphelins à tour de bras.
Alexandre m’intercepta alors que je me dirigeai vers le bâtiment A, là où se trouvaient les salles d’étude de la magie, et celles dans lesquelles on pratiquait.
- Dépêche-toi ! me dit-il sèchement.
Il avait la tête des mauvais jours. Aussi, je ne relevai pas et le suivis docilement vers la salle numéro huit. Curieusement, Vivien était présent lorsque nous entrâmes. La porte se referma derrière moi dans un silence de mort. Un mauvais pressentiment m’étreignit le cœur : j’allais droit vers les ennuis. Je le sentais terriblement mal.
Vivien me sourit brièvement et annonça de but en blanc ce qui se passait :
- Tchiv Lang, tu vas aller sauver un livre.
Mais encore ? Je doutais fortement que ce fût la seule chose qui allait m’arriver. Après tout, j’allais en mission plusieurs fois par semaine, ce n’était pas une grande nouveauté. Je craignais juste le nom du coéquipier qui n’avait pas toujours été Alexandre.
- Seule.
Le mot résonna dans ma tête. Ok, ça, ce n’était pas normal. On n’envoyait jamais une aspirante seule. Les étudiants partaient soit en groupe, soit accompagnés de leurs tuteurs. Et cette mission solo ne pouvait signifier qu’elle seule chose.
- C’est donc le jour de ton test.
Ok. Au moins, c’était clair : à la fin de cette mission, je pouvais monter en grade et devenir une magicienne, une vraie, ou rester aspirante encore pour un bon bout de temps. Tout dépendait de moi. Cette perspective m’effraya un peu, je déglutis. D’une voix toujours aussi calme, Vivien continua :
- La maladie a infecté un livre de Fred Vargas : « Ceux qui vont mourir te saluent ». Tu l’as lu, me semble-t-il.
J’acquiesça timidement. Les étudiants et les magiciens en général devaient lister le nom de tous les livres qu’ils avaient lus : ça rendait la distribution des missions plus facile. Vivien avait juste eu à tirer ma fiche, et en effet, j’avais lu ce livre deux mois auparavant.
- Le virus s’est infiltré il y a moins d’une heure. Elle n’a donc pas encore eu le temps de faire beaucoup de ravages. Tu devras donc manipuler les personnages afin de réécrire l’histoire le plus fidèlement possible. Bien sûr, les Slimes seront présentes.
Tout ça, je le savais. La maladie infectait un livre, et les Slimes s’engouffraient par la brèche ouverte. Elles prenaient le contrôle de l’esprit des personnages et se nourrissaient de leur âmes. Ces métamorphes étaient en quelque sorte un effet secondaire de la maladie. Heureusement, elles étaient plutôt faciles à déloger. La plupart du temps, sauver un livre lorsque l’infection avait eu moins d’une heure auparavant n’était pas difficile.
Vivien me donna encore quelques instructions, puis me tendit une craie. Précautionneusement, je traçais un cercle au sol avec les inscriptions nécessaires. Cela ne me prit pas longtemps, et bientôt, je récitai les formules latines, debout dans mon cercle. Cinq secondes plus tard, mes pieds touchaient le sol dallé de Rome, dans l’air suffocant des nuits d’été.
OoOoOoO
Commentaire? Si quelqu'un voit des fautes, qu'il n'hésite pas à me le faire remarquer!
Dernière édition par le Sam 11 Aoû - 10:51, édité 1 fois
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Sujet: Re: Fic : Beaucoup de bruit pour rien Ven 29 Juin - 15:05
Chapitre deux
- C’était bien la peine de prendre un gilet, grommelai-je.
Tout en pestant silencieusement, j’enlevai le vêtement et le nouai autour de ma taille. Déjà, ne pas rester plantée là, comme une potiche au milieu de cette ruelle mal éclairée. Rapidement, je quittai la clarté vacillante délivrée par une ampoule en fin de vie pour me camoufler dans la pénombre. A voir les pavés, je devais certainement me trouver dans la vieille partie de la ville, ou du moins, dans sa partie « touristique ». Peu importait, je cherchais juste un endroit tranquille où je pourrais me poser et réfléchir à mon plan d’action.
Toutefois, je ne devais être totalement dans le faux, puisque quelques secondes plus tard, je débouchai sur une route goudronnée, pas plus large que les précédentes. Plus moderne, avec ses immeubles et ses fenêtres en pvc, ce quartier était néanmoins plus riche en cul-de-sac. Je passai devant un chat en pleine expédition nocturne sans y prêter attention, priant pour ne pas tomber une énième fois dans une de ces ruelles condamnées, et réfléchis un peu : où pourrais-je trouver un endroit calme que je pourrais squatter à loisir sans me faire chasser (être en garde-à-vue dans un commissariat n’était pas exactement le meilleur moyen de commencer une mission, et accessoirement, de réussir mon examen). Le toit d’un quelconque immeuble aurait fait l’affaire, à l’unique condition d’être suffisamment haut. En effet, très haut, j’aurais moins de chance qu’un habitant insomniaque ne me vît. De toute manière, j’avais le vertige.
Cul-de-sac.
Je m’arrêtai et jurai. Fichu sens de l’orientation ! Je contemplai le mur grand d’environ deux mètres cinquante, c’est-à-dire trop haut pour l’escalader (je n’atteignais, à mon immense regret, même pas le mètre soixante), puis jetai un coup d’œil en arrière. La flemme de faire demi-tour, soupirai-je intérieurement. Et l’immeuble à ma droite avait une échelle de secours. Visiblement, le dieu des aspirantes perdues et sujettes au vertige m’envoyait un signe : « monte sur le toit », disait-il.
Je pris le temps d’examiner cette option, et dénombrai à vu d’œil sept étages au bâtiment, ce qui était clairement suffisant. De plus, de cette façade-là, aucune lumière ne filtrait par les fenêtres, signe que les locataires dormaient encore (à cinq heures et quart du matin, c’était quand même assez probable). Je soupirai et décidai rapidement : au diable mon vertige, ma flemme l’emportait largement. Je ne me sentais pas du tout d’humeur à jouer les noctambules.
Ainsi, je m’apprêtai à sauter afin de saisir l’échelle à moitié dépliée (l’hypothèse d’un dieu des aspirantes perdues et sujettes au vertige se confirmait, restait à savoir son nom), quand je percutai : hey ! j’étais magicienne (enfin presque, mais ne chipotons pas sur les détails) ! Pourquoi perdre du temps à grimper une échelle de secours grinçante, ce qui réveillerait à coup sûr les locataires, quand on pouvait se téléporter ? Enfin, cela restait une supposition, mais normalement, je devais pouvoir le faire. Le temps était visiblement venu de vérifier si j’avais correctement récité mes formules en latin. J’avais demandé à pouvoir me téléporter vers un endroit au moins sous les yeux, au mieux déjà vu (niveau deux, donc), et priai pour réussir. Je fermai les yeux et me concentrai, lorsqu’une fois encore, une petite voix venue du fin fond de mon inconscient se manifesta : il valait mieux ne pas se faire voir, non ? Je reculai dans l’ombre épaisse du bâtiment, et recommençai. Un petit « plop » m’appris que j’étais arrivé à destination, et en effet, lorsque j’ouvris les yeux, Rome endormie s’étendait devant moi. Je reculai précipitamment, prise de vertige, et m’assis.
Bon, il fallait que je vérifie que j’avais bien tous les pouvoirs espérés. Pour ceux qui s’étaient posé la question plus tôt et qui ne comprenaient toujours pas, l’explication arrivait : aller dans un livre, c’était une chose presque normale. Tout le monde possède au fond de soi le pouvoir d’y aller, de se plonger dans l’histoire. Un pentacle, des runes, et hop ! le tour est joué ! Par contre, pour nous qui nous battons contre les Slimes et la maladie, simplement être sportif ou bon dans une discipline quelconque n’était pas suffisant. Ainsi, les incantations que nous récitions avant de partir étaient destinées à nous attribuer des pouvoirs une fois dans le livre. Ça, c’était plus compliqué.
En fait, pour être tout à fait exacte, il fallait préciser que seuls les aspirants n’avaient pas de pouvoirs dans la vraie vie. Vivien et Alexandre, eux, avaient reçu les leurs, définitifs, après leur examen. Celui-là même que je passais en ce moment. C’était une question de sécurité ( vous laisseriez, vous, un enfant jouer avec tout un jeu de couteaux de cuisine ? pardonnez-moi pour le jeu de mot involontaire), et la raison pour laquelle tout étudiant était pressé de passer son examen. Toutefois, les pouvoirs des magiciens étaient définitifs, tandis que je pouvais varier les varier à ma guise durant les missions (mais je préférai garder les mêmes). Un magicien faisait son choix durant son apprentissage, et demandai ces pouvoirs aux examinateurs qui organisaient l’épreuve (dons mon cas, Vivien et Alexandre).
J’avais donc avec moi, la prescience porté au niveau un, c’est-à-dire, le pouvoir de prévoir tous les mouvements une secondes à l’avance, la possibilité de faire apparaître mon arc aux flèches illimités (niveau deux, donc), la téléportation au second niveau, la magie commandant aux quatre éléments (pas bien puissant, mais assez pratique), les sorts de guérison pour les premiers soins et une petite lame de bonne qualité à invoquer en cas de pépin.
Bon, trêve de bavardages, il fallait que je fasse quelque chose. La ligne d’horizon commençait déjà s’éclaircir, signe que le soleil ne tarderait pas à faire son apparition. Je réfléchis un court instant. Oui, j’avais beau n’avoir lu le livre que deux mois auparavant, je ne le connaissais pas par cœur. « Aux premières lueurs de l’aube, regardez à l’Est ! »
Je souris. Non, ce n’était déjà pas le bon livre, mais en plus, il y avait pas de chance pour que ce fût la citation exacte. Toutefois la référence au soleil éveilla en moi une autre souvenir.
« Je suis ici depuis l’aube. J’étais déjà là quand toi, tu dormais à la frontière. »
Bingo ! Il y avait des fois où j’avais envie d’embrasser mon esprit retord. Bon, bien évidemment, ce n’était, encore une fois, sûrement pas la citation exacte, mais quelque chose d’assez proche. Etait-ce Néron ou Tibère qui avait prononcé cette phrase ? Je ne m’en souvenais plus, mais cela n’avait guère plus d’importance : je savais maintenant par où commencer. Il fallait que je m’assure que les deux protagonistes iraient bien chercher Laura à la gare, tel qu’il était écrit dans le livre.
Un sourire se dessina sur mes lèvres et je me levai…mais désenchantai rapidement. En effet, je ne savais pas où se trouvait cette fichue gare. Je priai pour qu’il n’y en eût qu’une seule.
OoOoOoO
Commentaire? Le chapitre trois devrait arriver bientôt (vive les vacances!).
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Sujet: Re: Fic : Beaucoup de bruit pour rien Dim 8 Juil - 10:54
Chapitre trois
Toutefois, j’avais encore du temps avant que le train ne parcourût la totale distance entre la frontière française et Rome. Heureusement d’ailleurs, car j’appris ce jour-là qu’il existait plusieurs gares à Rome. Seulement, j’eus le bon sens de chercher la gare centrale : après tout, les trains en provenance de l’étranger devaient être regroupés dans une seule station. Malgré tout, mes pérégrinations durèrent un bon quart d’heure, merci mon sens de l’orientation défectueux, avant que je n’arrive devant le bâtiment futuriste. Je laissai tomber toute considération artistique et entrai prestement. Le grand hall était désert, comme je m’y attendais, et à en croire les écrans d’affichage, le seul train arriverait dans l’heure suivante. De France, magnifique, avec des risques de retard, ça l’était déjà moins. Direction quai numéro trois.
Sans surprise, je ne vis que deux jeunes hommes assis côte à côte sur un banc. L’un d’eux se limait les ongles, l’autre somnolait. J’avais l’honneur de vous présenter Lucius Dominitius Nero, et Tiberius Claudius Nero (allez savoir pourquoi, j’avais un don pour retenir les détails particulièrement stupides et inutiles). Je restai dans l’ombre et remerciai silencieusement mes chaussures de ne faire que peu de bruit.
A première vue, les deux personnages semblaient parfaitement normaux…si l’on excluait les deux Slimes qui cherchaient prise sur leur âme.
Gé-ni-al. J’avais été devancée par ces satanées métamorphes.
Comment avais-je fait pour les repérer, me demandez-vous ? C’était bien simple : avait-on déjà vu des baskets dégager autant de particules magiques ? C’était une chose élémentaire, enfin ! Camoufler les résidus de magie que l’on dégageait après avoir pratiqué la magie était une chose évidente ! Même les premières années savaient cela ! Parce que dans le cas contraire, un magicien était facilement repérable dans la vulgus populus, à un tel point que porter un panneau clignotant « Je suis une créature magique » n’aurait été plus voyant aux yeux d’un autre sorcier.
En tout cas, grâce aux cours de l’Alliance, moi, je ne m’étais pas faite repérer. Toutefois, un problème se posait à moi : comment allais-je me débarrasser des Slimes ? Certes, je pouvais leur décocher deux flèches pour les obliger à s’éloigner (que je blesse Néron et Tibère n’était pas tellement dans leurs intérêts), mais, et après ? Seule l’eau salée pouvait les contraindre à reprendre leur forme originelle qui les rendait beaucoup plus vulnérables. Je sais : plus vulnérable qu’une paire de baskets, on avait du mal à faire, mais une flaque visqueuse n’avait pas franchement de modes de défense non plus. Et puis, sous cette forme, on pouvait les emprisonner dans des bouteilles d’eau (tandis qu’une paire de chaussures pouvait détaler à toute vitesse). Or, je n’avais ni eau, ni sel…et je n’étais pas sûre de pouvoir pleurer suffisamment pour obtenir une quantité de larmes utilisable.
Je jurai (silencieusement). N’avait-on pas idée de partir sans eau ni sel, alors que l’Alliance fournissait même des bouteilles d’eau salée (que l’on peut facilement confondre avec de simples bouteilles d’eau, à mon grand dam) ? J’étais officiellement un cas désespéré. En plus de ça, même la météorologie se liguait contre moi : le ciel bleu n’avait pas l’air d’être prêt à lâcher des trombes d’eau (oui mais en été…), le traître.
Je cogitai quelques instants. Il était de toute façon exclu de m’absenter afin de me procurer ce dont j’avais besoin : les magasins était fermés à cette heure. De plus retourner au Q.G de l’Alliance était synonyme d’échec. On ne rentrait qu’une fois la mission terminée…ou le coéquipier mort. La seule bonne solution à ce problème était donc attaquer. Bon, ici, attaquer signifiait : se jeter dans la bataille en infériorité numérique et sans avoir de plan sous la main. Ça me convenait assez. De toute manière, mes plans ne fonctionnaient jamais.
J’invoquai donc mon arc, gardant toutefois mon « filtre à particule » posé afin de profiter de l’effet de surprise, et me précipitai la tête la première vers les ennuis. Deux flèches décochées par mes soins allèrent se ficher devant les Slimes…qui détalèrent (toujours sous forme de chaussures).
- Pour votre santé, il est fortement déconseillé de grignoter en dehors des repas, ironisai-je.
Regard bovin des deux protagonistes en chaussettes. Tant pis, je les ignorai. Les Slimes ne mirent qu’une fraction de seconde avant de prendre forme plus avantageuse. Je faisais donc face à un ours et un loup, le tout braillant comme pas possible.
Je me téléportai devant Tibère et Néron et fis pleuvoir une nuée de projectiles sur les métamorphes. Contre toute attente, l’ours, ou plutôt, l’ourse fut la plus facile à neutraliser (à la réflexion, elle devait soit être une vraie débutante, soit être totalement stupide). Je décochai trois flèches à la suite, visant la tête. Elle balaya la première d’un coup de patte, esquiva le deuxième, mais tomba sous le coup de la dernière (je n’était peut-être pas si nulle que ça en anticipation).
- C’est bien gentil une ourse, mais c’est tellement gros qu’on ne peut pas la rater, raillai-je.
Oui, je parlai à des animaux, et alors ? Vous n’avez jamais vu « L’homme qui murmurait à l’oreille des chevaux » ? Moi non plus, mais ce n’est que trivial.
Malheureusement pour moi, ça avait beau ressembler à une ourse, ça ne mourrait pas de la même manière. La Slime se releva et se transforma en un oiseau d’espèce indéterminée que je fauchai en plein vol. Totalement K.O, elle tomba dans une geôle de terre magique que je pris bien soin de refermer. Bon, la deuxième.
Elle était restée là, sans bouger, à me regarder. Et ça n’était pas normal. Je sentis mon cœur battre plus vite et plus fort sous le coup de l’ adrénaline. Les combats à moyenne distance n’avaient jamais été mon point fort, surtout quand j’étais en infériorité numérique. La Slime aurait pu facilement s’éclipser pour me sauter à la gorge plus tard, et pourtant elle ne l’avait pas fait. Et bizarrement, c’était dans les cas comme cela que mon cerveau se manifestait et relevait des détails inutiles voire franchement handicapants. Une fourrure couleur anthracite, blanc crème sur les flancs et sur le ventre, couleur charbon autour des yeux, des pupilles jaunes et fendues qui me fixaient dangereusement, semblant me toiser, et des babines retroussées qui révélaient des canines longues et effilées en un rictus effrayant. Un frisson remonta le long de ma colonne vertébrale. Oui, j’avais peur maintenant. Bien joué, Tchiv-Lang !
Nous restâmes un certain moment à nous fixer, sous-tenant le regard de l’autre. J’imaginais que ça devait l’amuser, de terroriser une petite bleue tremblotante. Mais je n’allais pas rester plantée là sans rien faire.
Je décochai une flèche. Le combat commença Bien sûr elle l’esquiva, mais j’avais déjà anticipé. La Slime balaya la seconde flèche d’un coup de patte. Comprenant que persévérer avec mon arc ne mènerait nullement part, je l’abandonnai.
« Est-ce que tu crois à la magie ? »
Un coup de talon sur le sol marbré et de la terre apparut. Et pas qu’un peu. La manœuvrer avec mes bras ne fut pas bien difficile, six années d’entraînement aidant. Seulement, la Slime était toujours trop rapide. Elle évitait les vagues et les rochers que je lui envoyais, le tout avec une facilité déconcertante. Et elle me narguait, la garce ! Toutefois, la terre sous ses pattes se retira brusquement, lui faisant perdre l’équilibre. Je profitai de cette faille dans sa garde pour lui envoyer une boule de feu dans le dos : un élément, c’était bien, deux, c’était mieux. Malheureusement, elle se métamorphosa en aigle et évita aussi bien le feu que la terre qui la cernaient. J’abandonnai les deux pour l’air. J’allais la battre sur son propre terrain, ça ferait du bien à mon ego. L’emprisonner dans un tourbillon ne fut pas compliqué et un rocher se chargea de l’assommer.
- Game over ! clamai-je, avec bonne humeur.
Satisfaite, je lui construisis une prison de glaise temporaire et fis le ménage : dix centimètres de terre n’avait jamais aidé à passer inaperçu.
- Euh…
Et zut ! Je les avais complètement oublié ces deux là ! Je poussai les deux « boîtes » contre un mur dans l’espoir de les rendre moins visibles (c’était toujours mieux que de les laisser au plein milieu de la route, là où quelqu’un pourrait la stupide idée de délivrer les Slimes pour l’instant inconscientes) et, soupirant, je me retournai vers les empereurs. Ni l’un ni l’autre ne savait que dire, et aucun ne semblait vraiment avoir compris ce qui venait de se produire sous leurs yeux. Il ne fallait pas compter sur moi pour les informer. Je leur fis un gentil petit sourire aimable et pris la poudre d’escampette (je retournai me dissimuler dans l’ombre). L’Alliance aurait pu mettre au point quelque chose pour leur effacer la mémoire, prenant exemple sur « Men in black », ça nous faciliterait la tâche (j’avais le souvenir cuisant d’un témoin oculaire particulièrement rapide à la course à pied, ce qui n’était pas mon cas), mais non. Bon, il fallait avouer qu’ici, cela ne servait à rien : qui irait croire deux personnes disant avoir vu une gamine combattre deux monstres métamorphes ? N’empêche que c’était des petits détails comme ça qui pouvaient tout gâcher (oui, paranoïaque, et alors ?).
Le train arriva en gare. Je restai encore un peu histoire d’être bien sûre que Laura n’était pas sous l’emprise d’une Slime. Heureusement pour moi, la belle-mère de Claude semblait aller parfaitement bien : deux personnes qui délirent, à la limite, ça pouvait passer, mais une trentaine, ça le faisait moins…
- Qu’est-ce que vous faites en chaussette ici ? demandait Laura.
Je me mêlai à la foule et quittai la gare.
- …Un clochard nous a volé nos baskets.
OoOoOoO
Alors, qu'est-ce que vous en pensez? En grande fan de shônen manga, je n'ai pas pu m'empêcher de mettre une scène de combat. Qu'en pensez-vous? C'est la deuxième que j'écris. Des critiques? Je suis toute ouïe La suite risque de mettre un peu de temps à venir, mais promis! je me dépêche! @ plous plous
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Sujet: Re: Fic : Beaucoup de bruit pour rien Mer 25 Juil - 10:38
Chapitre quatre
Un clochard ! Qu’est-ce qu’il ne fallait pas entendre ! Je regagnai le hall, suivant le flot de voyageurs. Quel manque d’imagination ! Bon, d’accord, je ne pouvais pas prétendre pouvoir faire mieux, mais quand même ! ce mensonge-là ne tenait pas la route ! Une fois les portes franchies, la foule se dispersa. Bon, ne restait plus qu’à neutraliser les deux Slimes que j’avais laissées sur le quai, et je pourrais tranquillement aller au prochain chapitre.
Je repérai une petite épicerie pas trop éloignée de la gare, et m’engouffrai dans la minuscule boutique. En fait, je devais certainement exagérer, mais il fallait dire que les étagères remplies à ras bord et les allées minuscules n’arrangeaient rien à l’impression de petitesse. Je passai devant le comptoir, saluai promptement un vieux monsieur au front dégarni, et fondis sur les paquets de sel, coincés entre des pots de confitures à la fraise et des spatules en bois. Je saisis deux sachets et là arrivait mon problème : je n’avais pas d’argent.
D’ordinaire, cela n’était pas un problème, puisque l’Alliance fournissait l’eau salée, que, cette fois, j’avais allègrement oubliée. Ainsi, il me restait deux options : me débrouiller pour finir la mission sans, ou voler le sel.
La première solution était impensable. D’une part pour une raison de sécurité, car même si pour l’instant, je n’avais rencontré que deux Slimes et que je m’en étais bien sortie, rien ne me disait qu’il n’y avait pas d’autres métamorphes plus puissantes. D’autre part, pour une raison stratégique, le sel m’était indispensable. J’avais l’eau, mais sans sel, je serais obligée de rester constamment sur mes gardes. Cela ne ferait que me mettre sur les nerfs et me faire prendre des risques inconsidérés. L’échec ne me paraissait pas comme une option acceptable, même si j’étais déjà bien partie pour. Ne restait plus que la seconde solution.
J’hésitais. Auparavant, cela ne m’avait jamais posé problème de voler : quand on était à la rue, c’était un cas de survie. En période d’inflation et de pénurie, personne ne va vous faire la charité. Seulement, après être entrée dans l’Alliance, j’avais arrêté (je ne voulais même pas savoir comment le directeur s’y prenait pour nourrir autant de monde). De ce fait, j’avais maintenant quelques scrupules. Toutefois, la perspective de manœuvrer sans sel faisait pencher la balance de l'autre côté. Et puis, j’étais dans un livre, pas dans la vie réelle. De toute façon, combien cela coûtait-il, hein, deux paquets de sel ?
Le vendeur commençait à me fixer étrangement. Je fis mine de flâner dans les rayons. Bon. Plus le temps de tergiverser : au diable la morale, je reprenais mes anciennes habitudes. Je me penchai de sorte à être cachée par la pile de boîtes en cartons et me téléportai à la gare, dans mon petit coin d’ombre (bien sûr, avant, voler était une activité nettement plus sportive. Il fallait courir vite). Seulement, une fois arrivée là-bas, j’eus une mauvaise surprise.
Envolées, disparues, plus de Slimes !
Les restes des boîtes en terre jonchaient le sol. D’un geste de la main, je les fis disparaître et soupirai. Magnifique ! Deux métamorphes en liberté ! Décidément, la chance était avec moi. Enfin ! il fallait voir le bon côté des choses : au moins, cela me libérait de mes obligations plus tôt que prévu, et je pouvais quitter l’Italie. Direction la France. Il fallait que je m’assure que le père de Claude vienne bien à Rome. Je me téléportai à la Place d’Italie, histoire ne pas être trop dépaysée. Là-bas, une pluie drue m’attendait. Bien sûr, je n’avais pas de parapluie.
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Sujet: Re: Fic : Beaucoup de bruit pour rien Mer 1 Aoû - 17:55
Chapitre cinq
Je filai m’abriter dans le centre commercial. Les seules personnes présentes, abritées sous leur parapluie ne semblaient pas m’avoir remarquée. Tant mieux pour moi. Je détachai mon gilet et l’enfilai. Comme à chaque fois, la vue de ce Paris indemne me procurait une étrange impression, un goût amer dans la bouche. Un frisson remonta le long de ma colonne vertébrale pour aller mourir au creux de ma nuque. C’était différent. Différent du Paris dans lequel j’avais passé deux ans à errer, différent du Paris qui avait reçu une bombe atomique huit ans plus tôt et qui n’était d’ailleurs plus la capitale.
Je secouai la tête et décidai de bouger. Dans le quartier se trouvait une petite médiathèque avec des ordinateurs en libre service. Je pourrais les utiliser, mais auparavant, il fallait que je retrouve le nom de Claude. Ça me serait bien plus utile qu’une mince piste sur l’art et un dessin de Michel-Ange. Tout en marchant, je réfléchis. J’avais le vague souvenir d’un « Val-quelque chose ». Immédiatement, « Valjean », comme le Jean Valjean des Misérables, me vint à l’esprit et je me souvins y avoir pensé durant ma lecture. Je restais perplexe. A quoi donc avais-je bien pu penser ? Et tandis que j’arrivai à un coin sombre, la solution me frappa de plein fouet. Un sourire ironique naquit sur mes lèvres, tant la réponse était évidente : Valhubert.
Ok, je vous l’accordais, le lien entre les deux n’était pas si évident que ça. Jean, Hubert, on voyait vaguement le lien, c’était des prénoms, mais de là à faire un lien direct entre les deux, il y avait un gouffre. Seulement, j’avais l’immense chance (ironie, bien sûr) de connaître deux imbéciles du même nom dans ma classe. Et comme on ne voyait jamais l’un sans l’autre, c’était pour moi plutôt évident. Toujours avec mon petit sourire amusé, je me téléportai dans une ruelle non loin de la petite médiathèque.
L’endroit tel que je le connaissais à travers les livres n’avait pas changé. Une ambiance feutrée, une salle rectangulaire et de petites alvéoles pour les ordinateurs. Je m’accaparai de l’un du fond, et remerciai mon grand ami Internet. Bien que dans la vie réelle, je n’avais jamais rencontré l’un de ces pc, grâce aux livres, je parvenais à me débrouiller avec ces machines.
En deux, trois clic, je découvris que Henri Valhubert dirigeait non seulement trois éditions d’art, mais acceptait aussi certains particulier chez lui. Je lus l’adresse. Huitième arrondissement. Ça faisait quand même une petite trotte. Je remerciai mon bon sens d’avoir eu l’idée de m’avoir fait prendre la téléportation au deuxième niveau. Cela ne me posa pas le moindre problème puisque je connaissais Paris comme ma poche (non, jamais il ne viendrait à l’esprit de remercier les instructeurs de m’avoir appris à mieux connaître la capitale décrite dans les livres, pourquoi cette question ?). Toutefois, avant de partir, je me posai une question : oui, j’allais retrouver le père de Claude, mais et après ?
Comment m’y prendre pour savoir s’il avait bien vu un croquis de Michel-Ange ? Une petite voix murmura à mon oreille « le mensonge ». Je haussai machinalement les épaules en me disant que ça pouvait marcher, et me levai. Décidément, les moyens que j’utilisais n’étaient pas très moraux. Vol à l’étalage, mensonge…mais en même temps, je n’allais pas débarquer et lui déballer toute la vérité. Déjà, il ne me croirait pas, ensuite, je risquais de changer encore plus le cours de l’histoire, et pour finir, imaginer votre réaction si quelqu’un arrivait et vous annonçait que vous étiez les personnages d’un livre ! Hubert avait la sale idée de le faire durant l’une de nos missions en commun. Hélas ! le cœur du vieillard ne l’avait pas supporté. R.I.P
Le bâtiment dans lequel vivait M. Valhubert était assez joli, avec une façade typiquement parisienne. Grise, en pierre, avec de grandes fenêtres. Je cherchai sa boîte aux lettres. En fait, il fallait vraiment le savoir qu’il recevait des « consultations » à domicile : il n’y avait rien. Pas le moindre petit mot, pas le moindre petite affiche pour renseigner, juste un site sur internet. Je pris l’ascenseur jusqu’au septième étage, et en profitai pour peaufiner les derniers détails de mon mensonge.
Etrangement, le père de Claude me reçut tout de suite. N’avait-il pas de rendez-vous ? J’étais assez surprise de pouvoir débarquer à l’improviste. Bon nombre de dentistes et de médecin m’auraient déjà foutue à la porte. Enfin, il n’était pas médecin. Ainsi, nulle trace de blouse blanche ou même verte, juste une chemise bleu clair, une cravate grise et un pantalon noir, le tout avec un air mortellement sérieux, bien sûr. Quelque chose me disait qu’on ne devait pas s’amuser tous les jours avec une personne pareille.
Quoi qu’il en soit, rien ne parut sur mon visage, je m’efforçai tant bien que mal à garder un masque impassible (je n’avais jamais été douée pour le mensonge). Il m’invita à m’asseoir. Je rentrai dans mon rôle de petite minette inquiète.
« Mon professeur m’a conseillé de venir vous voir, commençai-je avec une petite voix mal assurée, en fait, je suis étudiante en art, et récemment, j’ai eu l’occasion de voir quelque chose d’étrange. »
Il hocha la tête silencieusement et me laissa poursuivre.
« Je discutais dans un café entre deux cours avec quelques amis, puis quelqu’un est venu nous voir. Il avait l’air très intéressé et nous avait entendu parler de nos cours. Il nous a montré un croquis. J’ai d’abord été très surprise, parce que le papier semblait très ancien et mal conservé. Ensuite, l’inconnu nous a affirmé que c’était un croquis de Michel-Ange. Un buste et une cuisse, je crois. »
Aucune réaction visible sur son visage. Ça commençait à devenir vraiment étrange.
« Il a proposé de nous le vendre. Un de mes amis, Michel, c’est assez drôle quand on y pense, a refusé. L’homme a insisté pour qu’on en parle au moins autour de nous, et il est parti. Alors Michel, nous a expliqué que non seulement ce type avait l’air louche, mais en plus qu’il ne se souvenait pas d’avoir vu ce croquis dans une des collections de Michel-Ange. On pouvait avoir confiance en Michel : il est passionné par Michel-Angelo. On peut compter sur lui pour connaître toutes ses ouvres sur le bout des doigts. - Etrange, en effet. »
J’acquiesçai. Mon mensonge semblait faire son effet, je me réjouis intérieurement.
« Pouvez-vous me décrire la personne qui vous a montré ce dessin ? »
Je lui donnai une description « bâteau » : « Grand, brun, avec les yeux marrons » Comme la plupart des hommes en Europe, en somme, et puis je rajoutai une petite particularité juste histoire de. « Je me souviens qu’il avait une cicatrice cruciforme sur la joue gauche » Aucun commentaire, hein ?
« Il est surprenant que votre témoignage coïncide avec l’apparition de croquis encore inconnu, déclara-t-il d’une voix atone, parce que vous ne devriez même pas être au courant. »
Je fronçai les sourcils. Un petit rien attira mon regard sur son épaule droite : une particule magique. Je serrai les dents. Une Slime. Ma-gni-fi-que.
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Sujet: Re: Fic : Beaucoup de bruit pour rien Sam 11 Aoû - 10:55
Chapitre six.
Le bon côté des choses, lorsque l’on est enfermé dans un bureau avec une Slime, c’est que généralement, il y a une table entre la chose et vous. Le mauvais côté, parce que, soyons réalistes, il y a toujours un mauvais côté, c’est que, souvent, on n’a pas beaucoup d’espace, et donc, pas beaucoup de marge de manœuvre.
La pièce dans laquelle je me trouvais, était assez petite. Je jetai un regard discret à gauche, un mètre, à droite, un mètre puis des placards métalliques gris. Je notai consciencieusement qu’il y avait un tapis par terre, ce qui en soi était une bonne chose, et derrière mon interlocuteur, ou plutôt, mon interlocutrice, se trouvait une fenêtre, ce qui était nettement moins bien.
« Je suppose que vous n’êtes pas étudiante en art, me susurra-t-elle. - Non, avouai-je, comment avez-vous su ? Mon mensonge n’était-il pas assez crédible ? - Oh, si ! L’histoire en elle-même était bien pensée, c’est juste la manière dont vous avez interprété ce rôle qui ne l’était pas. Et puis, la cicatrice était sûrement de trop. - Vous m’offensez, ironisai-je. - Ce n’était pas mon intention. Vous m’en voyez navrée. »
La conversation prenait un tour surréaliste, je l’avouai. Sans la quitter des yeux, j’évaluai les différentes options qui s’offraient à moi, détaler au loin étant bien sûr exclu. Je sentais mon paquet de sel sous mon gilet, qui me donnait l’air plus épaisse que je ne l’étais en réalité, et me sentais impatiente de neutraliser la première Slime de ma mission. Un coup d’œil me suffit pour comprendre que dans cet espace réduit, il ne me serait guère possible d’utiliser mon arc. Je pouvais toujours utiliser la magie et mon couteau, mais étant donné mes capacités très…faibles, les combats rapprochés n’étaient pas vraiment préférables. Lancer la Slime par la fenêtre me sembla un instant une bonne idée, mais le nombre de passants en plein jour me dissuada de le faire. En parlant d’adversaire, la métamorphe me souriait d’ailleurs bizarrement, un brin sadique, ce qui était très incongru sur le visage d’Henri Valhubert.
Et tout à coup, elle me lança la table à la tête. Je réussis in extremis à me téléporter dans un coin, mais la Slime m’attendait au tournant. Un coup de poing retentissant m’envoya valser et je heurtai le mur avec un grognement sourd. Elle n’était pas à sous-estimer, me disais-je en tentant de me redresser tant bien que mal sous son sourire goguenard. Elle était plus intelligente, plus forte, et sûrement plus expérimentée que les deux autres Slimes, et forcément, plus sadique. De plus, elle avait déjà une bonne prise sur l’âme du père de Claude.
Il me fallut encore deux crochets de sa part avant de réaliser que je possédais le pouvoir de précience. Et immédiatement, je pus esquiver un uppercut qui m’aurait fait de sacré dégâts. Les particules magiques émises à cet instant saturaient l’air. Impossibles à dissimuler en plein combat, elles formaient de grandes lignes autour de nous et m’informaient de ce qu’allait faire mon adversaire. Je n’avais qu’à calquer mon rythme sur le sien, et tout irait bien. J’esquivai un coup de pied et l’envoyai à mon tour contre le mur grâce à un puissant courant d’air. Malheureusement pour moi, si ce fut assez pour l’éloigner, ce ne fut pas suffisant pour l’assommer, ou encore, la maintenir immobile.
Sans grandes difficultés apparentes, elle se dégagea de mon étreinte invisible et s’élança vers moi avec la ferme intention de me le faire chèrement payer. La suite ne fut que coups et parades, une danse dans laquelle chacune de nous deux tentait d’avoir le dessus, sans pour autant y arriver. Grâce à mes réflexes plus ou moins bons, je parvenais à esquiver la plupart des coups. Seulement, ce petit jeu me fatigua rapidement. Et la solution me percuta de plein fouet.
J’éloignai la Slime de moi en faisant jaillir un mur d’eau (qui gâcha à tout jamais le papier peint de M. Valhubert. Toutes mes excuses). Accroupie derrière cet abri provisoire, je cognai mon poing droit contre ma paume gauche. Immédiatement, une paroi circulaire en terre apparut autour de moi, et se referma au-dessus de ma tête, m’enfermant dans un dôme de glaise. Profitant de ce court répit, je saisis le sachet de sel et l’ouvrit. Les coups de la métamorphe résonnèrent et je souris : qu’elle frappe autant qu’elle le veuille, mon mur ne céderait pas. J’avais condensé au maximum la terre, cela tiendrait. Du moins, jusqu’à ce que j’aie terminé ma petite préparation.
Je façonnai trois boules d’eau que je maintins suspendues en l’air et y mélangeai du sel. Je n’aurais le droit qu’à trois essais. Il fallait viser en priorité la tête, ou mieux, le plexus solaire. Je fermai les yeux, et me concentrai un instant, puis me téléportai. Profitant de l’effet de surprise, je parvins à atteindre la Slime entre les omoplates. Avec un petit bruit de métal rongé, elle se retourna et, furieuse, chargea. Contrairement au second projectile qui alla tacher le tapis, ma dernière boule frappa mon adversaire de plein fouet, pile sur le thorax. Cependant, il fallait toujours un petit temps avant que la solution ne fasse effet, et je me retrouvai à courir dans la pièce, une métamorphe enragée à mes trousses, tout en priant qu’aucun voisin, attiré par le bruit et mes hurlements, ne vienne voir ce qui se passait, ou pire, appelle la police pour tapage diurne.
Heureusement pour moi, lorsqu’Henri Valhubert s’effondra, je n’entendais ni gyrophares, ni coups contre la porte. D’un geste de la main, je fis léviter la Slime qui tentait de ne pas disparaître absorbée par le tapis, et farfouillai un peu avant de trouver une bouteille d’eau dans laquelle je l’enfermai. Je constatai les dégâts, et m’interrogeai sur la suite des évènements. Mon plan pour l’attirer à Rome avait merveilleusement bien raté. Je n’avais pas le temps de partir vadrouiller à la recherche d’un croquis, et je ne voyais pas quel mensonge pourrait faire partir le père de Claude en Italie.
Assise en tailleur au milieu du champ de bataille, je réfléchissais lorsque M. Valhubert revint à lui. Frappée par une idée farfelue, je m’accroupis à côté de lui et lui murmurai : « Votre femme vous trompe. Allez tout de suite à Rome. La cuisse de Michel-Ange vous attend » et l’assommai de nouveau.
Sur le moment, cela me paraissait assez sensé. Le père de Claude croirait à un rêve un peu bizarre. Ayant déjà des soupçons sur sa femme, il irait à Rome, et avec un peu de chance parlerait de ce songe à son ami le prêtre. Je reniflai. Maintenant la seule condition pour que cette idée hasardeuse marche était de remettre la pièce en état. Et bien sûr, j’allais être la seule à m’y coller. Je maudis la Slime, puis priai pour que M. Valhubert ne soit pas trop observateur et ne voie pas trop la tache humide sur le mur.
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Sujet: Re: Fic : Beaucoup de bruit pour rien Lun 3 Sep - 16:47
Chapitre sept
L’idée du rêve était, il fallait l’avouer, totalement stupide. Cependant, sitôt de retour à Rome, un éclair de lucidité me frappa. Non, point de mensonges, tout ce que je racontais là était vrai. Moi foudroyée, la trame d’un plan plus ou moins astucieux germa dans mon esprit et Henri Valhubert se retrouva dans la capitale italienne en moins de temps qu’il n’en fallait pour le dire. Bien sûr, je ne raconterais nullement les détails de cette affaire qui ne conviendraient guère à de jeunes esprits innocents. Il fallait juste savoir que je m’étais discrètement introduite dans la Vaticane, et emparée d’un vieux papier sans importance que j’avais ensuite déposé dans une boîte aux lettres parisienne, je vous laisse deviner laquelle.
Ainsi, la suite de l’histoire s’était parfaitement déroulée. M. Valhubert était mort, Laura était de nouveau dans les parages, policiers et juriste s’étaient rameutés tout autour tandis que l’évêque dont le nom avait fui ma mémoire avec une célérité impressionnante et que j’appellerais…Cornello complotait toujours tranquillement dans son coin. Tout allait donc parfaitement bien, sauf pour moi, dont les heures de sommeil s’étaient considérablement réduites. Prendre tout ce petit monde en filature n’avait pas été si facile. Heureusement, mes combats successifs avec les Slimes n’avaient pas eu de conséquences, sinon quelques courbatures et plusieurs hématomes.
Toutefois, et c’est bien connu, si vous prévoyez quatre façons dont les choses pourraient mal tourner, et que vous parvenez à les contre-carrer, les choses tourneront mal d’une cinquième manière. Merci Murphy.
J’étais alors en train de surveiller discrètement Sainte-Future-Egorgée-Des-Archives-Sacrées, lorsqu’une main se posa sur mon épaule. Bien sûr, une main avec tout ce qui s’en suit, à savoir : poignet, bras, avant-bras, épaule et reste du corps. Je me retournai tout d’un bloc et eus la surprise de constater que l’empereur Claude se tenait devant moi. Les mots « catastrophe » et « échec » se bousculèrent dans ma tête, et me instinct me cria bien fort de détaler le plus loin possible. Cependant, une petite voix au fond de moi me fit remarquer qu’une fille normale ne partirait pas en courant. Aussi, je lui dédiai mon plus beau sourire qui parut, certes, un peu stupide, mais qui suffisait amplement tant que je n’avais rien d’autre en réserve.
Le jeune homme en face de moi parut un tantinet déstabilisé, puis tenta de dire quelque chose. Un quelque chose qu’il aurait aussi bien pu dire en russe que je n’aurais pas plus compris. Il parlait italien, et moi pas. Aussi, j’eus la merveilleuse idée de parler anglais, et priai pour qu’il n’en comprît pas un mot.
« I don’t understand what you’re trying to tell me » articulai-je lentement telle la touriste patiente.
Ce qui, pour les non-anglicistes, donnait : « Je ne comprends pas ce que vous essayez de me dire ».
Et effectivement, Claude ne parut pas comprendre. Toutefois, loin de lui l’idée de me faire échouer à mon examen, il s’obstina. Il marmonna quelque chose à propos de Tibère et m’entraîna tout simplement à sa suite. Je m’indignai et tentai de me soustraire à sa poigne, mais, qui, entre le jeune homme d’un mètre quatre-vingt et la crevette, gagne à l’épreuve de force ? Je vous le donne dans le mille : lui. Il me morigéna sans que l’idée que je ne pusse comprendre un seul mot ne lui effleurât l’esprit. Je comptai un instant sur les passants pour me tirer de ce mauvais pas mais les quelques personnes autour de nous ne semblaient pas être très concernées par mon sort. Je levai les yeux au ciel. J’avais personnellement très intérêt à filer, car, dans l’éventuel cas où j’arriverais à convaincre Claude de mon « innocence », j’avais beaucoup moins de chances face à trois témoins oculaires tous bien persuadés. Toutefois, ne pouvant me téléporter à moins de l’emmener avec moi, je soupirai et me résignai donc à le suivre docilement, tel le chien qui fait le mort et attend son heure.
Sauf que mon heure tardait. Beaucoup. Alors, après avoir été éprouvée jusqu’aux limites très proches de ma patience, je décidai de le provoquer moi-moi, mon heure, d’autant plus que la poigne de ce très cher empereur s’était légèrement desserrée (pas assez cependant pour me permettre de fuir). Je m’en remis aux vieilles astuces et m’exclamai : « Oh ! Un éléphant rose ! »
Seriez-vous surpris si je vous annonçais que ma tentative n’avait nullement abouti ? Non, sûrement pas. Quelque fois, je parvenais à me surprendre moi-même par ma capacité, en toutes circonstances, à débiter des âneries. Enfin bref, mon tortionnaire se contenta de resserrer sa prise. Outrée, je décidai d’utiliser une solution extrême.
« Aux grands maux, les grands moyens » comme dit-on.
Avais-je réfléchi aux conséquence ? Brièvement. Mais selon moi, entre changer le cours de l’histoire et risquer de le faire, il n’y avait pas vraiment à hésiter. J’attendis qu’il tournât à l’angle d’une rue plus ou moins déserte, et me téléportai, lui à ma suite. Toutefois, cela ne suffit pas à faire lâcher mon poignet et il me fallut encore trois tentatives avant de réussir à le perdre. Je me retrouvai donc de nouveau sur mon QG personnel auto-proclamé, à savoir le refuge du premier soir, ou premier matin, et repris mon souffle. Les rouages de mon esprit se mirent à tourner à plein régime.
Généralement, les témoins de mes « prouesses athlétiques » face à l’ennemi ne parlaient, dans un accord tacite, jamais de ce qui s’était déroulé sous les yeux, la plupart pensant avoir rêvé. Qu’en était-il des trois empereurs ? Après une observation attentive de plusieurs jours, j’en était parvenue à la conclusion qu’aucun d’entre eux n’y accordait la moindre importance. Et manifestement, j’avais eu tort. Je sentis ma réussite à l’examen s’échapper brusquement loin de moi.
Dorénavant, en plus de Slimes, je devrais me méfier des personnages eux-même. Tibère et Néron allaient en entendre parler à coup sûr. Et peut-être Laura aussi. Je soupirai. Assez de risques inconsidérés pris ce jour-là, j’allais devoir faire très attention et réfléchir un peu. Normalement, Sainte-Conscience-des-Archives allait se faire tuer prochainement. Quand ? Je n’en avais pas la moindre idée. Toutefois, la surveiller m’était maintenant très risqué. Claude m’avait trouvée à la filer, et je ne doutais pas un seul instant que la première chose qu’il ferait dans l’espoir de tomber sur moi serait d’aller voir la nonne. Ainsi, si je ne pouvais prendre en filature la victime…il ne me restait plus qu’à surveiller le meurtrier, à savoir, père Cornello.
Loin de moi la répugnance à aller regarder un meurtrier, mais je n’étais pas follement enthousiaste. En prime, j’avais un mauvais pressentiment. Faisant fi de mon instinct très aléatoire, et donc, peu fiable, je me levai et me téléportai. Mon petit repérage quelques jours plus tôt me fut très utile, et j’arrivai à l’endroit prévu, c’est-à-dire, pas loin de l’église.
Je repérai rapidement Cornello. Il discutait avec Sainte-Future-Victime. Bien sûr, Murphy me punissait pour ne pas avoir écouté le signe qu’il m’avait envoyé. Déjà Claude, maintenant, les Slimes. Les particules magiques étaient infimes, mais j’avais toujours eu une bonne vue, enfin, une bonne perception. J’en dénombrais deux. Un pour chaque religieux.
« Et zut ! » marmonnai-je, même si en réalité, je n’avais pas vraiment dit ça.
« Oui, ça, tu peux le dire » susurra une voix à mon oreille.
Je sursautai et me retournai vivement. Le mot « Slimes » clignota dans ma tête. Je n’avais jamais été très forte en mathématiques, mais deux plus deux, ça faisait quatre, non ? et bien j’aurais presque voulu ne pas savoir compter.
OoOoOoO
Ouf! A l'heure! Voilà donc le septième chapitre. Commentaire? Réaction? Et pendant que j'y suis, bonne rentrée et, surtout, bon courage!
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Sujet: Re: Fic : Beaucoup de bruit pour rien Dim 25 Nov - 16:07
Chapitre huit
Manuel de l’apprenti sorcier, page trente-sept : « En tout circonstance, garder son calme. Ne jamais paniquer ».
J’inspirai puis expirai lentement. Je fixai les deux Slimes qui se tenaient devant moi, l’air goguenard. Il s’agissait d’un homme et d’une femme, tous deux taillés comme des armoires à glace. L’un était brun, portant une vieille paire de Rayban démodée, l’autre était blonde, avec une mèche bleue électrique. Ils auraient pu, dans des circonstances normales, être n’importe quels passants dans la rue, personne ne le aurait remarqué, tant leurs traits étaient ordinaires. Toutefois les Slimes qui les contrôlaient modifiaient radicalement leur physionomie, les faisant paraître plus cruels et sadiques, figeant leur visage en une moue ironique. Je déglutis et répétai dans ma tête comme un mantra la consigne si précieuse de mon manuel de cours.
Seulement, ce n’était pas si facile que cela. Mon cœur s’emballait, tandis que je dressai rapidement un bilan de la situation : j’étais cernée par quatre Slimes. Cependant, deux d’entre eux ne m’avaient pas encore repérée, alors j’avais sûrement des chances, infimes peut-être, de pouvoir me débarrasser des deux devant moi et de prendre de la distance afin de m’occuper plus sérieusement de leur cas. Malheureusement, Murphy ne semblait pas être avec moi.
« Devinez qui vient nous rendre visite ! hurla mon vis-à-vis dans une de ses petites crises de sadisme. »
Mon ébauche de plan tomba à l’eau. Sans grande difficulté, je me rendis compte que 2+2 = 4 et qu’à quatre contre un, je ne ferais pas long feu. Une seule option s’offrait donc à moi : la fuite. Je détalai comme un lapin, les quatre autres à mes trousses.
Une phrase de mon cher Alexandre me vint alors à l’esprit, tandis que je courais comme une dératée : « Fais ce que ton instinct te dit de faire. » Oh ! mais j’appliquai ce conseil à la lettre : mon instinct me disait de courir, et je courais. Le seul petit problème résidait dans le fait que mon corps n’était pas du tout d’accord avec cela, et qu’il comptait bien protester. Parce que, il faut que je vous explique que je suis soit, très (très) lente sur une longue distance, soit, rapide sur une très (très) courte distance. Or cette courte distance, je l’avais à présent largement dépassée et mon problème d’asthme revenait à moi. Encore une fois, merci Murphy.
En fin de compte, j’avais le choix entre m’arrêter maintenant et limiter les dégâts, ou m’arrêter plus tard et recevoir en pleine face les conséquences de mon impulsivité. Quel panel de choix intéressant ! Toutefois, je n’eus pas vraiment le temps de choisir. Une main agrippa mon épaule et je chutai dans la poussière. Je tentai de me relever, mais un coup de pied au thorax m’en empêcha. Je m’étalai par terre et la blonde se jeta sur moi. Me surprenant moi-même, je réagis instinctivement : je repliai rapidement les jambes pour la frapper au ventre.
Mon adversaire fut projetée en arrière et j’entendis le son de l’air brusquement expulsé de ses poumons. Elle ne parvint pas à rétablir son équilibre et heurta le sol brutalement, tandis que l’homme aux lunettes s’avançait vers moi. Je me rétablis prestement et compris alors que la ruelle étroite dans laquelle nous nous trouvions compliquait la tâche des Slimes qui ne pouvaient venir que l’un après l’autre. Toutefois il y avait derrière moi un cul-de-sac que je n’étais pas sûre d’aimer. Je décidai de l’ignorer pour le moment et fis jaillir de mes paumes ouvertes de l’air qui, lorsque je pivotai brusquement bras tendus, para le coup qui m’était destiné. Seulement je ne l’avais ni prévue, ni vue venir, et super-kunoichi m’assena un crochet du gauche si fort que ma lèvre inférieure éclata.
Le sang chaud commença à couler sur mon menton alors que je réalisai à peine ce que la nonne venait de me faire : elle avait effectué un saut périlleux par dessus l’homme aux verres noirs pour atterrir devant moi et m’atteindre. Je reculai précipitamment et me baissai pour éviter un autre de ses poings. Les coups s’enchaînèrent et j’eus le plus grand mal à éviter toutes ses attaques tant elle était rapide. Notre proximité et la vitesse à laquelle elle me contraignait m’empêchaient d’utiliser ma magie. Ce fut à partir de là que la peur commença à se déverser insidieusement en moi. J’étais coincée dans un cul-de-sac sans pouvoir faire autre chose qu’esquiver les coups. Personne ne pouvait me venir en aide, et j’étais incapable de me sortir seule de ce bourbier.
J’inspirai, tentai de me calmer mais mes attaques devenaient de plus en plus faibles et vaines. Aucune n’atteignait leur cible et j’en étais bien consciente. Soudain la nonne réussit à atteindre mon front. Sous le choc, je reculai de quelques pas, des étoiles tournant autour de moi. Je sentis plus que je ne le vis le second coup porté à mon ventre. J’hurlai. La douleur semblait me scinder en deux. Je retombai à genoux, gémissante, et vis un pied arriver. Mais dans un sursaut, je réagis. Une nouvelle dose d’adrénaline se libéra dans mes veines, et presque instinctivement, je me téléportai.
Surpris, les Slimes n’eurent que le temps de se retourner avant d’apercevoir l’énorme gerbe de feu qui se dirigeait vers eux. J’étais alors réapparue de l’autre côté de la rue, et coincés dans le cul-de-sac, mes adversaires ne pouvaient l’esquiver. Cependant, mes flammes n’étaient ni suffisamment chaudes, ni suffisamment puissantes pour ne serait-ce que les blesser. Ce n’était pas là mon but, mais cela me permettait de gagner un peu de temps. Il fallait que je fasse sortir ces Slimes de ces corps, et pour cela j’avais besoin d’eau salée. Je tressaillis : je n’avais plus mon sac de sel. Je ne le sentais plus contre moi et ne savais pas quand il m’avait quittée.
Je l’avais sûrement perdu lors de ma course effrénée. Mon cœur accéléra encore : j’avais pris les embranchements au hasard, et ne me souvenais pas du tout du chemin que j’avais emprunté. Le sac de sel pouvait être n’importe où. Je jetai un œil nerveux par-dessus mon épaule et sans doute dus-je me relâcher car, à ce moment-là, les quatre Slimes parvinrent à forcer le passage. Un crochet contre ma mâchoire me fit de nouveau tomber dans la poussière. Je roulai sur moi-même pour m’éloigner.
« On fuit, petite fille ? » se moqua l’évêque.
Je choisis de l’ignorer pour me relever. La partie la plus dure restait encore à faire. J’étais sortie de la petite ruelle et mes assaillants avaient donc tout le loisir de se précipiter ensemble sur moi. Je tentai de me téléporter mais la fatigue physique avait pris le dessus sur le mental et je ne pus me concentrer suffisamment. La blonde me décocha un atémi au menton et je m’écroulai. L’avalanche de coups qu’ils firent alors pleuvoir sur moi me plaqua littéralement au sol. Trop épuisée, mon corps ne réagissait plus. Je n’avais pas été préparée à faire face à autant d’adversaires seule et cela se voyait. Mon esprit déserta alors et je regrettai vaguement ne pas me trouver de l’autre côté du livre. Je sentis un dernier coup puis tout devint noir.
OoOoOoO
Note : une kunoichi est un ninja femme. Note numéro deux : « bientôt » dépend d’un référentiel. Je vais finir cette fic au lieu de la laisser traîner en « longueur ». Promis, pour la prochaine fic, j’élabore un scénario. Un vrai (Si, si, ça existe). Comme d’habitude, si vous voyez une faute, dites-le moi^^
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Sujet: Re: Fic : Beaucoup de bruit pour rien Lun 28 Jan - 18:26
Chapitre neuf
Il y a cet état, entre veille et sommeil, où l'on sent ce qui nous entoure, sans vraiment en avoir conscience. La dureté du sol, la froidure de l'air ambiant, la rugosité de la couverture. Et soudain, lorsque tout cela cesse de seulement effleurer nos pensées, de passer à l'extrême limite de notre esprit, lorsqu'on s'en rend vraiment compte, c'est là que l'on quitte les limbes de l'inconscience.
Je ne m'éveillai pas en sursaut, ni même d'un seul coup. Non, il me fallut un bon quart d'heure avant d'émerger totalement. L'esprit encore brumeux, les membres douloureux, je ne compris pas tout de suite ma situation. Je passai le bout de ma langue sur mes lèvres desséchées et, pour l'une, éclatée, goûtai mon propre sang puis roulai sur le côté. J'eus besoin de toute ma détermination pour ouvrir les yeux et les garder ouverts. La tête lourde, je ne comprenais pas pourquoi une sonnerie d'alarme fictive résonnait dans mon esprit. Je l'entendais, me dis-je, c'était déjà bien. Je toussai et tentais d'étirer mes bras, quand soudain la vérité de me percuta de plein fouet.
C'était comme recevoir un seau d'eau froide sur la tête. J'inspirai brusquement, sans pouvoir expirer, et définitivement, je quittai l'état de semi-conscience. Tout me revint en mémoire. En une fraction de seconde. Ma mission, les Slimes, mon désatreux combat. Je fronçai les sourcils en me le remémorant. C'était lamentable à en être risible. Sur le coup, j'avais oublié d'utiliser tellement de choses qui auraient pu me sauver la mise que j'avais envie de me taper la tête contre le mur. Téléportation, don de préscience, j'aurais pu les mettre à profit et tout cela ne me serait certainement pas arrivé. Mais dans la panique, j'avais oublié. Je jurai et fermai les yeux.
J'imaginais sans mal la réaction de mon tuteur s'il avait été présent : "Au moins, tu sais dans quelle merde tu t'es mise." J'inhalai calmement l'air froid. Si seulement il n'avait s'agi que de cela ! Non contente d'avoir cumulé bourde sur bourde, je m'étais aussi débrouillée pour me retrouver dans une situation absurde et potentiellement très dangereuse. La question était : qu'est-ce que je faisais là ? et aussi optionnellement, pourquoi est-ce que étais-je toujours en vie ?
Pour avoir étudié de près les mœurs de nos chères amies les Slimes, je savais assez bien qu'elles avaient pour habitude de tuer leur victime, de manière souvent assez désagréable : lapidation, épuisement, torture etc...Or, sauf preuve du contraire, j'étais toujours vivante. Plusieurs questions firent intempestivement irruption dans ma tête, en même temps. Par exemple : qu'avaient-elles en tête? est-ce qu'elles prévoyaient d'attirer d'autres magiciens en m'utilisant comme appât? depuis quand des Slimes étaient-elles suffisamment intelligentes pour ce faire?
"On se calme", me murmurai-je à moi-même.
Se poser des questions était en soi plutôt une bonne chose, cependant, dans ce cas-là, cela ne me servait strictement à rien, sauf à me ralentir. Il fallait que je fasse quelque chose. Je jetai un coup d'œil autour de moi. Dans l'obscurité, je ne voyais pas grand chose. Je distinguais à peine une porte, par les pâles rais de lumière qui en dessinaient les contours. Pas de fenêtre, et rien d'autre que je reconnaître. En fin de compte, j'étais totalement aveugle.
Quant à moi, après examen aussi minutieux que possible, j'avais fini par conclure que je n'avais rien de grave. Des muscles endoloris, des hématomes sans aucun doute, mais rien de cassé, heureusement. Je réussis à me relever et à exécuter à tâtons quelques mouvements dans l'obscurité. Toutefois, il était clairement évident que je n'étais pas capable de me battre encore une fois, voire même de courir. Je me rassis et soupirai lourdement. Il me fallait une stratégie. Une bonne cette fois.
Ignorant ce que les Slimes avaient prévu pour moi, il fallait que je sois capable de réagir immédiatement, dès la première occasion, afin de retourner la situation à mon avantage. Comment ? je me le demandais aussi. Je dus m'assoupir car, lorsque la porte s'ouvrit brusquement, je me réveillai en sursaut sans le souvenir de m'être endormie. J'entendis une voix moqueuse parler en italien. Incapable de saisir le sens de ces paroles sarcastiques et éblouie par la lumière après être restée dans le noir pendant pas mal de temps, je ne pus que lancer un regard noir à la silhouette masculine qui me faisait face. Une autre apparut dans mon champ de vision, rabrouant l'autre, toujours en italien, puis la première personne se pencha sur moi et me souleva littéralement par le bras, sans que je ne fusse capable d'opposer quelque résistance.
On me traîna sans ménagement dans une pièce bien plus éclairée et je ne pus retenir un grognement lorsque la lumière irradia mes iris. Je fus assise sur une chaise en bois et n'entendis plus rien. Quand quelques instants plus tard, je pus rouvrir les yeux, j'hoquetai : devant moi se tenaient les trois empereurs, m'observant avec curiosité.
"Hello there!" déclara Tibère d'une voix énergique. "This ain't a movie!" marmonnai-je, la réplique ayant pour moi beaucoup trop l’air d’être tirée d’un film de seconde zone.
Alors si je résumais, non seulement je m’étais pas rossée par l’ennemi mais en plus j’avais été repérée par les personnages du livre. Au moins, je ne pouvais plus faire pire. Il fallait voir les choses du bon côté.
"Pardonnez-moi mon impolitesse, leur adressai-je en anglais, mais pourriez-vous me dire ce pourquoi diable je suis ici ?"
Néron parut amusé.
"C'est une bonne question. Nous n'avons pas encore décidé. Es-tu prisonnière de guerre, en tant qu’espionne repérée et capturée ? Ou bien demoiselle en détresse sauvée par l’empereur Tibère ? - Quoi ? - Qui es-tu ? demanda abruptement Claude. - Ben, à choisir, je prendrais la demoiselle en détresse, répondis-je, même si je déteste ça. De quoi et comment ai-je été sauvée, au fait ? »
Nier ne pouvait pas aggraver la situation, n’est-ce pas ?
« Nous posons les questions, pas toi ! - Claude, voyons, tu brusques mademoiselle, le réprimanda Néron. Claude voulait juste dire que nous te voyons plus dans le rôle de la prisonnière de guerre. »
Evidemment. Mon cerveau commença à saturer : trop me demander au saut du lit n’était sûrement pas le meilleur moyen d’obtenir de bons résultats. Tibère restait silencieux, derrière ses deux amis, et observait la scène avec attention.
« Commençons par le début : pourquoi suivais-tu Maria Verdi ? me demanda-t-il calmement. - Ce n’est pas le début, ça, signala le troisième empereur. - Ne sois pas pénible, Néron ! s’exclama Tibère avant de réitérer. »
Encore une fois, j’affichai un air de pur étonnement. Cette fois, il était en partie sincère : ok, j’avais lu le livre, mais ce n’était pas pour autant que je me souvenais toujours des noms. Il ne fallait pas en attendre autant de moi. Cependant, je me doutais assez bien qu’il devait s’agir de la nonne. Je secouai la tête, faisant mine de ne pas comprendre.
« Comment t’appelles-tu ? me demanda-t-on. - Mary Sue, répondis-je, très inspirée sur le moment. »
Seulement l’ironie devait être trop apparente.
« Ecoute, s’énerva Claude… »
Et la suite me fut incompréhensible. Il était vaguement question de son père et de l’Italie. Encore une fois, je ne pus m’empêcher de laisser échapper un très peu élégant « Quoi ? ». Claude II le Gothique devint rouge brique.
« Ecoute, ne me demande pas de parler anglais lorsque je viens de me réveiller, ça ne marchera pas, lui expliquai-je calmement en me massant les tempes. »
C’était un mensonge. Bien sûr je ramais quelque peu, mais si tout le monde vous parle anglais, au bout d’un moment, vous êtes dans le bain. Seulement, j’avais peut-être moyen de tourner cela à mon avantage. Sait-on jamais. Claude Ier, id est Tibère en fait, se pencha vers moi.
« Nous savons que tu suivais Maria Verdi. Apparemment tu as quelques ennemis ici qui n’ont pas été très gentils ce soir avec toi. Je t’ai retrouvée allongée par terre au beau milieu de la rue et je t’ai ramenée. Mais si tu ne me dis pas pourquoi tu suivais Maria Verdi, peut-être que tes amis apprécieront de te revoir ? »
Je fronçai les sourcils : il m’avait trouvée allongée dans la rue ? Ce n’était pourtant pas le genre des Slimes d’abandonner leur victime ainsi. Une pensée fugace me traversa l’esprit. Non, cela ne pouvait être ça. Je me mis à prier intérieurement tous les dieux que je connaissais et que je ne connaissais pas : si c’était bien Alexandre qui m’avait aidée, j’étais morte. Du moins, je le serais pour les prochains mois. C’était vraiment un désastre. Je jetai un œil à Tibère et en conclu que le délai de compréhension accordé était fini.
« Tu as l’air de croire que je ne serai pas capable de me protéger toute seule. - C’est vrai, ça se voit pourtant bien, commenta Néron d’une voix chargée d’ironie. - Peu importe, je n’ai pas l’intention de rester ici, déclarai-je. »
Claude me décocha un regard dédaigneux :
« Et comment comptes-tu partir ? »
J’y réfléchissais. Ça allait venir. Peut-être pas tout de suite, mais ça allait venir. Devant mon silence, son sourire narquois ne cessait de s’élargir. Finalement, je soupirai : à quoi bon ? De toute manière, j’étais déjà fichue ?
« Juste une petite chose avant de nous quitter, dis-je d’une voix forte, non, vous ne devenez pas fous, mais, les mecs, occupez-vous de vos oignons, ok ? »
Et je me téléportai.
OoOoOoO
Ok, rassurez-moi, ou bien dites-moi tout simplement la vérité : ce n'est pas si mauvais que ça, si ? Bon, de toute manière, je termine ça le plus proprement possible et je penserai à un scénario, pour la prochaine fic.